Le mot « passation » décrit bien le problème : quelque chose est terminé, puis lancé par-dessus le mur. Ce qui atterrit de l’autre côté est une image fixe d’un système qui devra fonctionner dans des états que l’image n’a jamais montrés.
Les maquettes sont complètes par définition. Les produits ne le sont pas. Chaque écart entre les deux est comblé par un développeur qui prend une décision de design à 18 h, sans le contexte nécessaire pour bien la prendre.
Ce qui manque à toute maquette
Voici les états que nous exigeons désormais avant de déclarer quoi que ce soit prêt. La plupart des désaccords entre designers et développeurs se ramènent en fait à l’un d’eux resté indéfini.
- Vide. Ce que voit un nouveau compte. Souvent l’écran le plus vu du produit et le moins travaillé.
- Chargement. Squelette, indicateur ou rien — décidé, pas laissé par défaut.
- Erreur. Par champ et par page, avec la phrase réellement écrite.
- Trop. Le nom le plus long, la description de 400 caractères, la liste de quarante éléments.
- Trop peu. Un élément. Zéro élément. Un nom de deux lettres.
- Permissions. Ce que voit l’utilisateur en lecture seule là où se trouvait le bouton.
Un design est terminé quand son état le plus laid a été dessiné, pas le plus beau.
Ce qui a remplacé la passation chez nous
Une équipe, un dépôt, et un lien de préproduction dès la première semaine. Les designers relisent dans le navigateur plutôt que dans le fichier — parce que c’est là que la typographie s’affiche autrement, que l’ombre est plus lourde et que l’état survol existe.
Nous avons aussi cessé de considérer le fichier de design comme la source de vérité. Dès qu’un composant est construit, c’est le composant construit qui fait foi, et le fichier le suit. Un fichier qui contredit la production n’est pas de la documentation, c’est de la désinformation.
Si vous devez travailler avec deux prestataires, offrez-leur un point hebdomadaire commun et inscrivez la checklist des états ci-dessus dans le contrat. Cela coûte une heure par semaine et évite la dispute sur qui devait dessiner l’état vide.

